1918, UNE  LIBERATION COUTEUSE.

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Mars 1918,l'offensive Michael à Chérisy.

 

En 1918, après la chute de la Russie tsariste suite aux révolutions bolchéviques puis l'armistice de Brest-Litovsk, les allemands rapatrient de nombreuses divisions du front de l'Est. Ludendorff sait que alliés sont fragilisés par leurs échecs de 1917 et les mutineries qui ont éclaté, après la bataille du Chemin des Dames, pour les français et au camp d'Etaples pour les troupes du commonwealth. Avec un avantage numérique temporaire (190 divisions allemandes, contres 178 alliées), il veut saisir sa chance et tenter d'emporter la victoire avant l'arrivée et le déploiement massif du contingent américain. Le commandement élabore ses plans pour lancer une foudroyante offensive générale en France. Ce sera l' "Opération Michael", la dernière carte allemande pour tenter de briser le front allié. 

Préparée par Ludendorff depuis la fin 1917, l'opération "Michael" est lancée le 21 mars 1918 : après plusieurs heures de tirs d'artillerie, l'infanterie allemande se lance à l'assaut des lignes alliées. L'offensive est un succès foudroyant dans la Somme où elle désorganise la Vème Armée Britannique. En Artois, elle permet aux allemands de reprendre la majeure partie de terrain gagnée par les forces britanniques au cours des batailles du printemps 1917. Wancourt, Guémappe, Monchy le Preux, Henin sur Cojeul tombent à nouveau aux mains des allemands. Ils atteignent même Orange Hill avant d'être stoppés à Hauteur de la Chapelle de Feuchy, En mai, l'offensive allemande s'enlise et les renforts de troupes des Etats-Unis, enfin opérationnels, sont déployés. Ils vont permettre aux alliés de reprendre l'avantage.

Lors de l'avance allemande vers le Sud de l'artois et la Somme, la 17ème Armée Allemande du général Otto von Below, le vainqueur de Caporetto, va combattre dans le secteur du Cojeul. Cette Armée, nouvellement créée, est composée principalement de Divisions rapatriée du front de l'Est. 

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Otto Ernst Vinzent Leo von Below (1857-1944)

Mais dans le secteur de Chérisy-Fontaine, ce sont d'abord des unités du XVI ème Corps d'Armée, occupant la ligne Wottan à cet endroit qui préparent l'offensive et s'élancent en premier. Elles appartiennent à la 236ème Infanterie Division formée un an auparavant dans les provinces Rhénanes et de Westphalie et qui ne jouit pas d'une très bonne réputation combative. Elle a souffert en Artois et à l'Est d'Ypres (Polygon Wood et Zonnebeke) durant l'année précédente et a reçu des renforts prélevés sur le front Russe, notamment 400 hommes provenant du 32ème Landwher Regiment, à la fin du mois de novembre 1917. Sa 236ème Brigade, commandée par l'Oberst Eduard Franz Maria Kreuter, connait par contre très bien le no man's land séparant la Sensée du Cojeul, où elle a déjà séjourné durant de longs mois en 1917. Dès le 21 mars, l'IR 457 et 459 passent à l'attaque et délogent les britanniques du Cojeul. Ces régiments progressent vers Héninel mais subissent des pertes sensibles notamment en officiers (8 officiers tués à l' IR 459 du Major Külhwein entre le 21 et le 23 mars). Ils seront relevés devant Neuville-Vitasse pour être envoyés en Flandres, dans le secteur de Passchendaele, à partir du 28 mars 1918.

La 26ème Division de Réserve du Württember leur succède. Elle appartient au 1er Corps de Réserve Bavarois de l'Armée Von Below et connait également très bien ce secteur. Elle a participé d'avril à mai 1917 à la défenses des lignes entre Riencourt et de Bullecourt. Elle prend le relai de l'attaque, en passant par Chérisy, Héninel et Wancourt, puis réduit les poches de résistance des britanniques de la 3rd Regular Infantry Division, les repoussant de leurs positions à l'Ouest du Cojeul. L'Infanterie Regiment 180 de l'Oberstleutnant Alfred Vischer s'empare même d'Hénin sur Cojeul et dégage les hauteurs (KarnidelHöhe) dominant la route menant de Neuville-Vitasse à Boiry-Becquerelle. Elle débouche ensuite vers Mercatel.

La 26ème Division (d'active) du Württemberg suit en seconde ligne. Elle est commandée par le Generalmajor, Duc Ulrich von Württemberg. Partie le 18 mars de la région de Valenciennes, elle stationne en attente dans le secteur d'Estrées à Ecourt St Quentin puis rejoint Cagnicourt avant de s'engager entre Chérisy et Fontaine derrière la 26ème de Réserve. Le 26 mars, elle se porte à gauche vers Croisilles, St Léger et atteint Beugny le 30. A partir de ce point, elle va s'avancer à l'Ouest et attaquer entre Colincamps et Hébuterne, dans la Somme entre le 5 avril et le 12 mai, sans marquer de progression notable.

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Oberstleutnant Alfred Vischer (1854-1935). Commandant le 10. Württembergisches Infanterie-Regiment Nr. 180

Cent jours d'offensive, entre gloire et chemin de croix.

L'offensive du printemps 1918 dans le secteur à l'Est et au Sud d'Arras a permis aux allemands de reprendre la majeure partie du terrain abandonné aux Britanniques en avril et mai 1917. Arras, menacé à nouveau dès fin mars reste cependant hors de portée de l'ennemi car le front finit par se stabiliser sans qu'il puisse atteindre comme en 1914, les faubourgs de la ville. Les premières lignes passent désormais par Neuville-Vitasse et la Chapelle-de-Feuchy, pour rejoindre les hauteurs entre Gavrelle et Athies puis Willerval au niveau du lieu-dit "La gueule d'ours". L'ennemi reste proche et son artillerie peut à nouveau frapper la ville. L'offensive n'a pas atteint ses buts mais elle a permis de reconquérir des points précieux du point de vue stratégique que les allemands vont s'employer à renforcer durant le printemps et l'été 1918. Des positions et des ouvrages à la sinistre réputation comme Orange et Chapell Hill à Feuchy, Monchy le Preux qui domine le secteur, les bois du Vert et  du Sart, Chemical Works et Greenland Hill à Roeux ou encore Wancourt Tower et la crête d'Héninel (Mühlenberg) sont à nouveau de formidables points de défense qu'il faudra comme en 1917 réduire à nouveau pour espérer progresser vers Cambrai.

Les raisons de la déconvenue britannique lors de l'offensive Michael remontent à janvier 1918 quant le haut commandement britannique avait dû faire face à un déficit préoccupant des effectifs de son infanterie. De 100 000 hommes manquant en début d'année, il prévoyait une carence de 400 000 à 500 000 hommes pour la fin de l'année 1918. Une profonde réorganisation de la structure des divisions avait alors été entamée, excepté pour les Dominions qui refusèrent de s'embarasser ainsi. Chez les Anglais, on avait procèdé à la dissolution ou à l'amalgame de 141 bataillons et les divisions passèrent de 12 bataillons d'infanterie à 9 (3 dans chaque Brigade). L'excédent devant servir à créer de nouvelles divisions. Cette restructuration s'était étendue jusqu'au début du mois de mars soit 17 jours avant l'offensive Michael. Et les nouvelles unités n'avaient encore travaillé aucune nouvelle doctrine d'emploi et pour certaines n'avaient jamais eu l'occasion de combattre ensemble...

Après l'effondrement de la 5th Army britannique dans la Somme en avril, les anglais  doivent impérativement réorganiser la pupart des unités mal en point et ne peuvent plus envisager une offensive d'envergure. Pour tenter de reprendre l'avantage, le commandement peut principalement s'appuyer sur les 10 divisions des Dominions à l'ancienne structure et surtout sur un Corps canadien solide, aux effectifs complétés maintenant par la loi de conscription de 1917. Les alliés reprennent l'initiative dans la Somme à compter du 8 août avec une attaque de dégagement à l'Est d'Amiens à laquelle participe le Corps canadien. Une série d'offensives victorieuses va s'ensuivre et aménera ce Corps jusqu'à Mons, en Belgique où ils sera supris par l'Armistice, le 11 novembre 1918. Si la bataille d'Amiens cause des pertes sensibles aux Canadiens (9074 hommes en 3 jours), Ce bilan sera encore plus lourd et 11400 hommes supplémentaires viendront s'y ajouter lors des combats à l'Est d'Arras, entre le 26 août et le 2 septembre. L'offensive finale des alliés dans la région des Hauts de France (Somme, Artois, Hainaut-Cambrésis), sera ultérieurement connue sous le nom des  "cent jours du Canada", en mémoire du rôle décisif et prépondérant que le Corps canadien tint durant toute cette campagne. Dans ce secteur, les actes d'héroïsmes de Canadiens seront nombreux, montrant leur exceptionnelle combativité. Sur les 29 croix de Victoria (décoration la plus rare et la plus prestigieuse de l'Empire britanique) décernées à des Canadiens lors des cent jours, 10 seront attribuées entre le 26 août, date de la prise de Monchy le Preux et le 2 septembre 1918, jour où sera percée la ligne Quéant-Drocourt. Sur un total de  73 "Victoria Crosses" attribuées au Canada durant la Grande Guerre, 40 % d'entre-elles le seront pour faits d'armes perpétrés durant les cent jours.

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Percer la ligne Hindenburg et atteindre le Canal du Nord.

L'offensive à l'Est d'Amiens terminée, sir Douglas Haig décide de lancer une attaque d'envergure, sans temps mort, contre l'ennemi qu'il sent flêchir depuis le début de l'été. Le Corps canadien du Général Currie, bien que fatigué car très sollicité, reste assez bien organisé et dispose d'un très bon moral. Il est transféré à la Ière Armée britannique (Général Henry Horne) pour servir de fer de lance de la prochaine attaque. Il va être épaulé dans sa tâche pas deux très bonnes divisions territoriales écossaises de la Ière Armée. La célèbre 51ème Highland, commandée par le Major-Général C.T.C Carter-Campbell, sur son aile gauche, avancera le long des rives Nord de la Scarpe pour s'emparer de Roeux et des hauteurs dominant Plouvain (Greenland Hill). La 52ème Lowland, commandée par le Major-Général F.J. Marshall, sur l'aile droite, devra enlever les hauteurs dominant la route Héninel-Croisilles (Mühlenberg) puis investir le village de Fontaine-Les Croisilles. Le plan du Général Horne apparait extrêmement ambitieux car il veut en quelques jours, reprendre les points dominants, percer les lignes Fresnes-Rouvroy et Quéant-Drocourt puis traverser le canal du Nord en état de défense pour reprendre enfin une véritable guerre de mouvement. Face à une telle audace, Currie reste septique. Il sait que ses hommes sont déjà fatigués par les combats devant Amiens et qu'ils vont devoir progresser sans répit pour parvenir à percer totalement la ligne Hindenburg, là où toute les attaques ont échoué auparavant...

Les opérations initiales.

Les deuxième et troisième Divisions canadiennes sont les premières a être transférées en Artois, quelques jours après la bataille d'Amiens. la 3ème Division canadienne du General Lipsett entre en action en premier avec pour objectif prioritaire la maîtrise du village de Monchy-le-Preux, dominant l'axe Arras-Cambrai. Le 26 août, l'aube ne point pas encore à 03H00 quand la 3ème Division canadienne se lance à la reconquête du village et des objectifs le précédant. De part et d'autre de l'axe routier, les retranchements sur les hauteurs "Orange Hill" et "Chapell Hill", hauteurs située à l'Est de La Chapelle de Feuchy, sont rapidement maîtrisés. A 7H40, Monchy est investi. Les combats ont été rudes mais les canadiens ont montré un mordant extraordinaire. Au cours de ceux-ci, une Victoria Cross sera décernée pour bravoure au Lieutenant Charles Smith Rutterford du 5th Canadian Mounted Rifles.

 

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Major General Louis J. LIPSETT (1874-1918).

Lt. Charles S. RUTHERFORD  V.C  (1892-1989).

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Les Généraux Hugh Marshall "Daddy" DYER, Dennis Colburn DRAPER et Dan "Dangerous"  Mowat ORMOND, commandant respectivement les 7ème, 8ème et 9ème Brigades de la 3ème Division Canadienne.

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Lt. General Arthur CURRIE (1875-1933).

Un modèle de Victoria Cross.

7th Brigade

Brig. Gal Hugh M. DYER

8th Brigade

Brig. Gal. Dennis C. DRAPER

9th Brigade

Brig. Gal. Daniel M. ORMOND

Royal Canadian Regiment

1st Bn. Canadian Mounted Rifles

43rd Bn. Canadian Infantry "Cameron Highlanders"

Princess Patricia's Canadian Light Infantry

2nd Bn. Canadian Mounted Rifles

52nd Bn. Canadian Infantry "North Ontario"

42nd Bn. Canadian Infantry "Royal Highlanders"

4th Bn. Canadian Mounted Rifles

58th Bn. Canadian Infantry "Central Ontario"

49th Bn. Canadian Infantry "Edmonton Regiment"

5th Bn. Canadian Mounted Rifles

60th Bn. Canadian Infantry "Victoria Rifles"

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Carte des combats du 26 août 1918 devant Monchy-le-Preux

Progression au Sud de la route Arras-Cambrai.

La 52ème Lowland Division du Major-General John Hill lance une attaque à compter du 23 août entre les villages de Mercatel et de Boisleux-Saint-Marc. La 156th (Scottish Rifles) Brigade et la 157th (Highland Light Infantry) Brigade  reprennent Hénin-sur-Cojeul le 24 puis Boiry-Becquerelle et St Martin-sur Cojeul. Le 26 août, la 155ème (South Scottish) Brigade investi dès 03h00 du matin les Hauteurs dominant Hénin-sur-Cojeul et Héninel (Mühlenberg). Elle en déloge en deux heures la 39ème Division alsacienne et la refoule sur Chérisy-Fontaine.  Le lendemain cette Division attaque sur deux directions différentes, la 155ème Brigade tentant de contourner les défenses de Croisilles tandis que l'autre Brigade, placée à la droite de la 5ème Brigade canadienne progresse vers Fontaine-les-Croisilles.

 

La 2ème Division avance entre Beaurains et Tilloy.

L'attaque des défenses situées le long de la partie droite de l'axe Arras-Cambrai est confiée à la 2ème Division canadienne du Général Burstall. Partant des anciennes positions fortifiés de la Harpe (entre Tilloy et Wancourt). Sa 6ème Brigade progresse rapidement et fait de nombreux prisonniers. Au 27ème Bataillon (Royal Winnipeg), des patrouilles avancées investissent les ruines du village de Wancourt et trouvent celui-ci abandonné par l'ennemi.

 

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