1915 - 1916, une base de transit pour l'occupant.

1915

Dès la fin de l'hiver 1914, le commandement français reprend l'initiative. Il lance ensuite de grandes offensives en Artois et en Champagne, en Mai puis en Septembre 1915. Les combats en Artois pour Notre Dame de Lorette et Vimy, comme ceux en Champagne pour Souain, Perthes-les-Hurlus et Tahure sont de véritables bains de sang. Les hommes tombent par milliers, bien souvent pour un gain négligeable de terrain. La bataille d'Artois coûte 102500 tués et blessés aux français et les britanniques, rien qu'à Loos-En-Gohelle perdent 50 000 hommes en mettant leur « New Army » à l'épreuve du feu. Ces offensives à outrance voulues par le Joffre n'apportent pas le succès escompté. Le Maréchal a beau assurer: «je les grignote», force est de constater que les allemands tiennent encore solidement tout le Nord-Est du pays. Quelques succès locaux sont observés, parfois très brefs comme sur la côte 140 à Vimy ou durables, comme la conquête de la côte 165, la butte sanglante de Notre Dame de Lorette .

Les troupes allemandes ont pris l'habitude de venir se reposer à Chérisy, après leurs séjours aux tranchées. Le village a perdu son ambiance et sa quiétude. Une Kommandantur s'y est même installée. Il est occupé à temps complet par des soldats assez âgés, réservistes ou même territoriaux (Landsturm). Les familles reçoivent peu de nouvelles des soldats partis au front et rares sont les courriers de la croix-rouge qui arrivent pour rassurer sur le sort d'un blessé ou d'un prisonnier. Du 20 au 26 septembre, on perçoit nettement le bruit du canon au Sud d' Arras car les français du 9ème et 17ème Corps lancent une grande attaque sur une ligne reliant le moulin de Ficheux à Agny et Beaurains. C'est un nouvel échec et plus de 3500 hommes sont tués. Chérisy, village éloigné du front est encore épargné par les destructions. Il se transforme peu à peu en un lieu de transit où l'occupant, s'entraîne, se remet en condition et soigne ses blessés légers. Les exigences et les réquisitions deviennent chaque semaine plus importantes.

1916

1916, en France est l'année des pires hécatombes. Elle voit l’avènement d'armes destructrices modernes et de nouvelles méthodes de combat qui vont continuer à accentuer le phénomène terrible de la mort de masse. Toutes nationalités confondues, l'effroyable bilan humain de la bataille de Verdun va se chiffrer à 300 000 morts et 412 000 blessés ou mutilés. Mais c'est bien la bataille de la Somme qui va au final s’avérer la plus meurtrière de la Grande Guerre avec 443 000 tués et 616 000 blessés. Cette dernière, bien qu'assez éloignée de Chérisy va avoir quelques conséquences sur le village, notamment durant l'automne. Le quotidien des habitants va être perturbé durablement, car si les vieux territoriaux allemands n'étaient pas trop exigeants envers la population locale, les troupes d'active, en particulier les bavaroises, se montrent bien moins compatissantes avec les Chérisiens. En juillet une unité du 1er Corps Bavarois séjourne quelques temps à Chérisy. Il s'agit d'artilleurs de la 1ère Batterie du "Bayerisches Reserve Fussartillerie Regiment 1".

A partir du mois de septembre, on se bat au Nord de la Somme, près des limites avec le département du Pas-de-Calais. Le fracas des durs combats qui se déroulent vers Courcelette, parvient jusqu'au village. Les allemands craignent de perdre Bapaume. Chérisy devient un lieux ou les unités allemandes se croisent et stationnent en montant ou en descendant vers le front de la Somme. Les routes déjà peu carrossables deviennent des fondrières où les convois hippomobiles d'artillerie et de ravitaillement peine à avancer. Des colonnes de blessés redescendant du front, font halte et se reposent quelques instants au village. A l'arrière les hopitaux de campagne regorgent de patients. Un Feldlazarett s'est mplanté à Ecourt-St-Quentin et un autre à Rumaucourt. 

L'ennemi fait travailler tout civil valide et même de jeunes enfants qui doivent donner des coups de mains aux champs. Il confisque tout ce qui peut avoir un intérêt pour lui.  Ravitaillement, bétail, métaux et objets précieux sont saisis, au motif des nécessités de la guerre. La consommation de viande fraîche devient exceptionnelle et la ration journalière de pain attribuée à ceux qui sont forcés à travailler sous le contrôle de l'occupant, est maintenant abaissée sous les 300g. Le commandement allemand met également en place des taxes injustes dans toute la région, visant les propriétaires de chiens. Ils instaurent le « Hundes appel », un contrôle hebdomadaire qui permet de recenser le nombre de chiens du village, saisir ceux qui pourraient tenir un rôle d'animal de garde et de percevoir l'argent. De nombreux villageois n'auront d'autre choix que de faire disparaître discrètement leurs compagnons canins pour se soustraire à ce nouvel impôt.

Au cours de l'année, quatre enfants de Chérisy partis au front trouvent la mort. Le Sous-Lieutenant Jean Delmotte est tué au fort de la Pompelle, en Champagne, le 20 janvier. Le Soldat de 1ère Classe Domitien Gonse est porté disparu à Verdun le 22 février. Le Capitaine Paul Deron tombe à Herbeville, dans la Somme, le 20 juillet. Le Sergent Nicolas Sénéchal est tué également dans la Somme, à Lihons-en-Santerre, le 9 septembre. D'autres poilus Chérisiens sont aussi blessés ou fait prisonniers. Le village, épargné par les combats d'octobre 1914 est encore a peu près intact et n'est pas encore bombardé.

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"L'appel des chiens" procédure obligatoire instaurée par l'occupant. Ici à Vis-en-Artois, hiver 1916.

Duel aérien au-dessus de Chérisy.

Si les combats qui se déroulent en 1916 sont encore assez éloignés du village, celui-ci voit parfois la quiétude de son ciel troublé par des incursions d'aéroplanes de diverses nationalités. Ainsi le 27 Décembre 1916. Il est un peu plus de 11H00 quand un combat aérien tournoyant débute dans le ciel au-dessus de Chérisy. Il oppose des chasseurs allemands de la Jasta 1, en provenance de l'aérodrome de Vélu-Bertincourt à cinq appareils britanniques du 11th Squadron du Royal Flying Corps.

Au bout de quelques instants un appareil allemand se détache et chute vers le sol, abattu entre Chérisy et Wancourt par l'équipage du Captain John Bowley QUESTED et du Lieutenant H. J. H. DICKSEE. L'observateur identifie l'avion abattu comme un Nieuport 16 (de fabrication française), repeint aux couleurs allemandes. Le pilote, le Leutnant der Reserve Gustav LEFFERS, âgé de 22 ans est tué. Il s'agit d'un as ayant 9 victoires à son palmarès. Mais les aviateurs britanniques n'ont pas le temps de se réjouir de leur exploit. Leur Royal Aircraft Factory Fe2b n°7666, est touché à 11H20 au dessus de Wancourt par les tirs d'un chasseur Albatross, celui du Viezefeldwebel Wilhelm CYMERA. QUESTED parvient à ramener son appareil touché vers les lignes britanniques alors que son mitrailleur est blessé. Le RAF Fe2b se pose tant bien que mal en entre Tilloy et Beaurains mais l'équipage est sauf. Le Captain QUESTED recevra la Military Cross pour cette victoire, en mai 1917. Le corps de LEFFERS sera rapatrié par train en Allemagne où il sera inhumé das sa ville natale à Wihelmshaven (Basse Saxe), le 4 janvier 1917. CYMERA ne survivra pas à la guerre. Titulaire de 6 victoires, Il sera abattu das l'Aisne le 9 mai 1917.

Né le 02 janvier 1894 à Wihelmshaven, Gustav LEFFERS était le fils d'un sous-officier servant dans la marine impériale allemande. Il intègre le Feld Fliegerabteilung 32 (FFA 32) à Vélu-Bertincourt, en tant qu'observateur d'artillerie. Cette unité reçoit au début du mois de novembre, un des tout nouveau Fokker Eindeker mais LEFFERS le crashe par malchance, lors de la livraison. Il lui faudra attendre le 5 décembre pour que l'appareil soit remplacé et qu'il obtienne, le même jour, sa première victoire aérienne. Il abat à 14H00 un Be 2c  portant le numéro 2049 au-dessus d'Achiet-le-Grand, lors d'un affrontement avec des appareils du Squadron 13 du Royal Flying Corps, revenant d'une escorte de mission photographique au dessus de Bellenglise. Le pilote Australien, le Lieutenant Arthur Richad Howe BROWNE ainsi que l'observateur, le Mécanicien de l'Air de première classe (A.M. I) W.H. COX sont tués au cours de l'affrontement.

En février 1916, la section chasse du FFA 32 à laquelle il appartient, est équipée de 4 chasseurs monoplans dont un est un Pfalz. Elle forme avec la Jasta 2, le Kampfeinsitzer Kommando Bertincourt (KEK B). LEFFERS est ensuite affecté à l'été 1916 à la Jagdstaffel 1 où il montre rapidement une habilité redoutable en tant que pilote de chasse. Le 5 novembre 1916, en récompense de sa 8ème victoire, il est décoré de la célèbre "Blue Max", la prestigieuse décoration allemande de l'ordre teutonique "pour le mérite". Il devient ainsi le plus jeune pilote allemand distingué dans cet ordre et se retrouve propulsé dans la caste des héros de l'Allemagne par la propagande.

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Le lt  Leffers, photographié avec sa "blue Max" autour du cou, peu avant sa mort.

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Leffers et son nieuport 16 repeint aux couleurs allemandes.

Le catafalque du pilote à Wihemlshaven.

Cortège des obsèques du Lt Leffers, 04 janvier 1917.